Scolarisation dès un an : pourquoi la proposition de Bruno Le Maire fait débat dans la petite enfance
La proposition de Bruno Le Maire d’avancer l’entrée à l’école maternelle de trois ans à un an suscite de vives réactions dans le secteur de la petite enfance. Le Syndicat national des professionnels de la petite enfance (SNPPE) dénonce une mesure qu’il juge « hors-sol » et estime que les réponses aux difficultés scolaires ne doivent pas reposer sur une scolarisation toujours plus précoce.
Agir plus tôt contre les inégalités
À la suite des résultats de l’enquête PISA 2025, Bruno Le Maire a proposé d’avancer l’âge d’entrée à l’école maternelle de trois ans à un an.
L’objectif avancé serait notamment de permettre aux enfants d’être confrontés plus tôt à un environnement collectif et de favoriser le développement du langage, avec l’idée d’agir dès les premières années pour réduire les inégalités scolaires.
Une orientation qui ne convainc pas le SNPPE.
À un an, des besoins encore très spécifiques
Pour le syndicat, la question ne peut pas être abordée uniquement sous l’angle des apprentissages scolaires. À un an, l’enfant se trouve encore dans une période de développement particulièrement importante, au cours de laquelle la sécurité affective, la disponibilité des adultes, le sommeil, les interactions et le respect du rythme individuel occupent une place essentielle.
Le SNPPE considère ainsi que l’accueil d’un tout-petit ne peut pas être pensé de la même manière que la scolarisation d’un enfant plus âgé.
En crèche, les professionnels de la petite enfance accompagnent les enfants en tenant compte de leur développement et de leurs besoins individuels (voir l’article : Le rythme individuel du jeune enfant en collectivité). Les soins, le jeu, les échanges avec l’adulte et les interactions avec les autres enfants participent également au développement du langage et des compétences sociales.
Crèche et école : deux approches différentes
Pour le SNPPE, avancer l’âge de la scolarisation reviendrait à rapprocher deux domaines qui ne répondent pas nécessairement aux mêmes objectifs.
L’accueil du jeune enfant vise notamment à répondre à ses besoins fondamentaux et à accompagner son développement, tandis que l’école s’inscrit dans une logique éducative et d’apprentissage structurée.
Le syndicat estime donc qu’une réforme de l’âge de scolarisation ne doit pas faire oublier les spécificités du développement du jeune enfant.
Il refuse notamment que les enfants de moins de trois ans soient présentés comme une réponse directe aux difficultés mises en évidence par les évaluations internationales. Sa formule est particulièrement claire : « les bébés ne sont pas des variables d’ajustement de PISA ».
Investir dans la petite enfance : une autre piste pour agir contre les inégalités
Le SNPPE ne remet pas en cause la nécessité d’agir dès le plus jeune âge pour lutter contre les inégalités. Il défend cependant une autre approche : renforcer les moyens consacrés à la petite enfance.
Le syndicat réclame notamment davantage de professionnels, une meilleure formation, une revalorisation des métiers et de meilleures conditions d’accueil. Il souhaite également que les taux d’encadrement permettent aux professionnels de disposer du temps nécessaire pour accompagner chaque enfant dans de bonnes conditions.
La Fédération française des entreprises de crèches (FFEC) met également en avant l'intérêt de l'accueil collectif pour le développement du langage. Elle cite notamment l’étude cohorte Elfe de 2021, selon laquelle, à deux ans, les enfants accueillis en crèche obtiennent de meilleurs résultats sur une liste de mots évalués que ceux gardés par leurs parents.
Reste à trouver le juste équilibre entre prévention des inégalités et respect des besoins du jeune enfant.
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