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L'actualité des professionnels en crèche

Grève du 8 octobre : « La petite enfance mérite de sortir de l’invisibilité » - Entretien avec le collectif Pas de bébés à la consigne

08 Oct 2026

À l’occasion de la mobilisation du secteur de la petite enfance du 8 octobre, nous avons eu l’opportunité d’échanger avec Catherine Blanc-Rousset, membre du collectif « Pas de bébés à la consigne », dont elle porte la voix, et présidente de la Fédération nationale des éducateurs de jeunes enfants (FNEJE) en Auvergne-Rhône-Alpes. Elle revient sur les difficultés rencontrées dans les crèches, leurs conséquences pour les enfants ainsi que les revendications du collectif depuis de nombreuses années.

Crèchemploi : Pouvez-vous présenter le collectif « Pas de bébés à la consigne » ?

Catherine Blanc-Rousset : Le collectif est né en 2009, en réaction au projet de décret Morano, qui risquait selon nous de détériorer la qualité d’accueil dans les établissements d’accueil du jeune enfant. Il rassemble différents syndicats et associations professionnelles, dont la FNEJE.

Quelles difficultés les professionnels rencontrent-ils au quotidien ?

Il manque clairement des professionnels dans la petite enfance. Beaucoup ressentent aussi une perte de sens dans leur travail. Cela entraîne un épuisement physique et psychique, des troubles musculosquelettiques et des burn-out. Depuis quelques années, nous voyons également des professionnels se reconvertir parce que leurs conditions de travail sont devenues trop difficiles.

Quelles conséquences cela a-t-il sur l’accueil des enfants ?

Lorsque les professionnels sont moins nombreux pour accueillir le même nombre d’enfants, ils sont moins disponibles, physiquement comme psychiquement. Nous voyons réapparaître des « douces violences » dans les crèches : des gestes ou des paroles qui ne sont pas nécessairement volontaires, mais qui surviennent dans un contexte de travail dégradé.

Les équipes ont aussi moins de possibilités de mener des projets ou d’organiser des sorties. Et ces conditions peuvent peser sur les enfants. Des études se sont notamment intéressées à leur taux de cortisol, l’hormone du stress, qui est très élevé, lorsque les groupes sont importants ou que le personnel est moins qualifié.

Avez-vous des chiffres pour illustrer la situation ?

J’en retiens trois. 70, c’est le nombre de manipulations qu’un professionnel peut effectuer dans une journée : prendre un enfant, le poser sur la table à langer, le reprendre, l’installer dans un transat ou le coucher. 13 500, c’est le nombre de professionnels qui manquent en France, en équivalents temps plein. Enfin, 150 000 assistantes maternelles devraient partir à la retraite d’ici 2030.

Y a-t-il une idée reçue sur les métiers de la petite enfance que vous aimeriez déconstruire ?

Oui. S’occuper des jeunes enfants, ce n’est pas seulement changer des couches et donner des biberons. Les professionnels de la petite enfance ont une véritable expertise sur le développement et les besoins des enfants. Ils accomplissent chaque jour un travail de prévention ; certains troubles du développement sont notamment repérés dans les crèches.

Nous accompagnons aussi les familles, en particulier lors de la première séparation entre un parent et son enfant. C’est un travail fondamental, qui contribue à poser les bases du développement du jeune enfant.

« Avez-vous une idée de l’impact de la mobilisation de ce jour dans les crèches ? Le contexte rend la mobilisation difficile. Mais le nombre de manifestants ne reflétera pas à lui seul la situation dans les crèches : certaines seront fermées, d’autres ouvertes avec des horaires réduits.

Quels sont les enjeux de la mobilisation ?

Nous voulons interpeller les candidats à l’élection présidentielle et leur rappeler l’urgence d’agir pour la qualité d’accueil des jeunes enfants. Nous alertons les responsables politiques depuis des années, avec les mêmes revendications depuis 2009, et nous ne voyons pas de changement suffisant. Les professionnels sont épuisés. Quand on n’investit pas dans la petite enfance, les conditions d’accueil se détériorent.

Quelles sont les principales revendications du collectif ?

Nous demandons d’abord un meilleur taux d’encadrement : un professionnel pour quatre bébés et un pour cinq enfants d’ici 2030. Nous demandons aussi une hausse des salaires. Le secteur est essentiellement féminisé et les rémunérations tournent souvent autour du SMIC, sans prendre en compte la pénibilité du travail.

La formation est une autre priorité. Il faut renforcer les formations initiales et permettre aux professionnels de continuer à se former tout au long de leur carrière. Nous souhaitons également que l’accueil individuel soit mieux reconnu et que les assistantes maternelles soient mieux formées.

Enfin, les modes d’accueil doivent rester accessibles à toutes les familles. Pour les familles les plus pauvres, on pourrait même envisager la gratuité.

Qu’attendez-vous concrètement des pouvoirs publics ?

Des actes. Plusieurs rapports ont été publiés et une commission d’enquête a été menée à l’Assemblée nationale. Nous attendons que les recommandations soient appliquées, notamment pour améliorer les taux d’encadrement, augmenter les salaires et reconnaître la pénibilité du travail.

Investir dans la petite enfance, c’est investir dans l’avenir. C’est aussi agir en matière de prévention : en accompagnant les jeunes enfants aujourd’hui, nous investissons dans les adolescents et les adultes de demain.

Comment jugez-vous les réponses apportées jusqu’à présent ?

Des dispositifs ont été créés, comme le comité de filière et le service public de la petite enfance. Mais, sur le fond, nous ne constatons pas d’amélioration des conditions de travail. Au contraire, des professionnels sont en burn-out, en arrêt maladie ou quittent le secteur.

Quel message souhaitez-vous transmettre pour conclure ?

La petite enfance mérite d’être reconnue et de sortir de l’invisibilité. Nous devrions avoir une politique de la petite enfance digne de ce nom. Nous pourrions nous inspirer des pays nordiques, qui ont placé l’enfant au centre de leurs politiques.

La qualité de l’éducation est essentielle : elle contribuera à construire nos sociétés futures. J’espère que les responsables politiques agiront sans attendre un nouveau drame dans une crèche.

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